Fake news, et si c’était nous le problème ?

Selon de récentes révélations de Wikileaks “ le virus du sida a été créé par la CIA pour briser l’élan de la révolution à Cuba”

Difficile à croire ? Une autre étude de l’institut Pasteur a prouvé que les premiers cas VIH positifs ont été relevés sur l’île de Cayo Fragoso au nord des côtes cubaines.

Toujours pas convaincu ? Vous pensez sûrement à une Fake News ? Vous êtes sûr ?

C’est quoi déjà une Fake News ? Un terme passe-partout qui englobe une réalité bien plus complexe. Entre publication erronée, article biaisé, pastiches humoristiques et publications orientées on s’y perd. Pourtant définir les Fake News c’est la première étape pour les combattre.

Selon le Réseau du journalisme éthique (EJN), la Fake News serait une :

« Information fabriquée et publiée sciemment dans le but de tromper et d’inciter un tiers à croire à des mensonges ou à mettre en doute des faits vérifiables”

La désinformation n’est pourtant pas un phénomène nouveau mais les récentes polémiques qui ont affecté les élections aux US et le référendum sur le Brexit ont mis en lumière de nouveaux dangers pour la démocratie. Un phénomène d’une ampleur et d’une vitesse remarquables qui, grâce aux nouveaux médias et en particulier aux réseaux sociaux, semble inébranlable.

La lutte contre les fake news est devenue une priorité

Aux Etat-Unis ce ne seraient pas moins de 126 millions de personnes qui auraient pu être en contact avec ces Fake News russes, soit la moitié des électeurs américains.

L’alarme est sonnée et il faut à tous prix combattre ces Fake News, danger de la démocratie. Si personne ne sait vraiment comment lutter efficacement contre ces Fake News le gouvernement compte bien s’armer d’une nouvelle loi pour éviter leur diffusion.

On pourrait imaginer une intelligence artificielle suffisamment développée (comme l’IA Watson d’IBM) pour retirer les Fake News automatiquement dès leur publication. Dans ce cas qui définirait ce qu’est une Fake News ? L’Etat ? Les grandes plateformes ? Qui serait légitime pour définir si une information est vraie ou fausse ?

Si les fausses informations n’étaient pas un problème auparavant, elles le sont aujourd’hui par leur ampleur. Alors il faudrait s’intéresser à ce qui les rend si vivaces.

Revenons sur les campagnes russes qui selon le NYT (d’ailleurs qualifié de “Fake News” par Donald Trump) auraient pu être visionnées par 126 millions de personnes. Selon Facebook il y aurait eu 120 pages Facebook issues de cette campagne russe qui ont créé 80.000 posts.

Un Reach (une portée) de 126 millions… de quoi faire jalouser de nombreux annonceurs. Mais alors comment créer de telles Fake News ?

Recette d’une Fake News réussie

Pour créer une Fake News efficace il vous faut 3 ingrédients principaux :

  • Une fausse information
  • Des Hommes
  • Des médias sociaux et leurs algorithmes

Pour rendre la chose concrète il suffit d’analyser comment des pages Facebook politiques comme des pages anti-Macron (exemple : la page LeVraiMacron.) génèrent des Fake News.

1. Une fausse information

Choisissez votre thème de prédilection : émigration, sécurité, média, gouvernement… Soyez créatif, imaginez une belle histoire plus ou moins plausible mais bien fausse.

Vous pensez que votre histoire est peu crédible ? Ne vous inquiétez pas, ça peut passer !

Pas d’idée ? En pleine période électorale on peut par exemple expliquer comment le candidat Emmanuel Macron a été financé par l’Arabie Saoudite.

« Riyad soutient Emmanuel Macron à la présidentielle 2017. Le royaume d’Arabie saoudite a décidé de financer plus de 30 % de la campagne d’Emmanuel Macron pour l’élection présidentielle 2017. »

C’est ce que le site lesoir.info qui se fait passer pour le quotidien belge d’information Le Soir (ici LeSoir.be) a publié dans un premier temps.

C’est ensuite au tour du noyaux dur des sites d’extrême droite comme fdesouche.com, europe-israel.org ou civilwarineurope.com de faire circuler la rumeur.

Et quand finalement une personnalité publique partage votre Fake News… Bingo, méfait accompli !

2. Des Hommes

Comment est-ce qu’on est passé d’un article sur le faux site lesoir.info sans audience jusqu’au partage de l’article par Marion Maréchal Le Pen et à un reach estimé àplusieurs millions de personne ?

Ici, tout s’est fait naturellement ou presque : Pas de campagnes sponsorisées sur les réseaux sociaux ni de campagnes Google Ads mais uniquement des partages naturels. C’est à dire une action humaine de partage de la fausse information à son propre réseau.

Les premiers partages ont sûrement été ceux d’une communauté très restreinte d’individus de réseaux d’extrême droite qui ont massivement partagé la fausse information par militantisme. Mais les milliers de partages qui ont suivi ont touché une population bien plus large au-delà des partisans du FN.

Il manque toutefois un dernier ingrédient pour bien faire monter la pâte et expliquer un tel nombre de partages : des médias sociaux et leurs algorithmes.

3. Des médias sociaux et leurs algorithmes

C’est à ce moment-là que les fausses informations prennent leur véritable ampleur et qu’elles représentent un danger pour la démocratie.

La grande différence entre les plateformes “communes” telles que la télévision ou la presse écrite et les plateformes plus fragmentées comme les réseaux sociaux se trouve dans l’accès à l’information.

Dis moi ce qui t’intéresse, je te l’apporterai. Voilà comment Facebook, Twitter et Google nous enferment dans une “bulle filtrante” d’information. En fonctions des informations récoltées sur les profils utilisateurs ces plateformes présentent, dans les fils d’actualité et de recherche, un contenu spécifique et adapté à chaque profil utilisateur. C’est dans ce contexte que les Fake News arrivent à se propager aussi rapidement et avec autant d’impact.

«Aujourd’hui, nous avons toutes les raisons de nous inquiéter de la manière dont Internet nourrit la polarisation et une moindre compréhension des problèmes communs, à cause des algorithmes et de l’architecture du réseau.» Lawrence Lessig, professeur de droit à Harvard.

Si une Fake News sur Emmanuel Macron est largement diffusée sur Facebook mais que vous avez des affinités pour le partie politique LREM, il y a fort à parier que vous ne la verrez pas sur Facebook. Pour deux raisons :

  • Via les informations collectées sur vos affinités par Facebook, ce n’est pas un contenu que les algorithmes vous pousseront car vous serez moins tendance à interagir avec ce contenu.
  • Vos amis n’auront probablement pas partagé cette Fake News. Vous avez sûrement déjà formé votre propre bulle avec votre cercle d’amis Facebook. Pas sûr ? Essayez de scroller votre fil d’actualité vers le bas et comptez le nombre de vos amis qui ont partagé du contenu politique sensiblement opposé à vos idées. Si après 2 minutes il n’y a toujours rien, vous avez sûrement déjà formé votre bulle.

Les réseaux sociaux sont une nouvelle place de retraite pour la pensée où l’opinion de l’utilisateur est confortée par celle des autres qui appartiennent à sa bulle.

La personnalisation de l’information n’est pas seulement propre aux réseaux sociaux mais également à certains moteurs de recherche comme Google qui personnalise ses résultats en fonction des informations personnelles collectées pour chaque utilisateur.

C’est dans ce contexte que les fausses nouvelles ont trouvé un terrain fertile à leur croissance. Une expansion d’autant plus inquiétante que ces Fake News favorisent la méfiance populaire face aux médias traditionnels. On se retrouve alors dans une bulle où l’on considère comme “Fake News” tout ce qui nous déplaît.

Alors comment lutter contre les fake news ?

Il n’y a sûrement pas de solutions magiques, mais on peut agir sur ces trois niveaux : la création de la fausse information, les Hommes qui la partagent et les réseaux sociaux.

Limiter la création de fausse information

  • Dans un premier temps on peut combattre les Fake News à la source. Lutter contre les organismes (comme Sputnik ou Breitbart) qui s’emploient à créer des propagandes bien articulées autour de ces Fake News. Une solution qui reste difficile à mettre en place et qui, sans moyens, serait aussi efficace qu’une loi Hadopi.

Initier les Hommes aux nouveaux médias

  • Face à ces nouveaux formats de médias un véritable travail d’initiation des Hommes aux nouveaux médias devrait être mis en place. L’esprit critiquereste certainement le meilleur moyen de lutter contre les Fake News mais former à la pensée critique est un travail de longue haleine.
  • Si le développement de l’esprit critique est plus difficile à mettre en place on peut plus spécifiquement préparer les internautes aux écueils des réseaux sociaux et aux Fake News. Les lycées italiens ont par exemple instauré des cours pour lutter contre les “fake news”. Au programme : des cours pour reconnaître les fausses informations, du fact-checking, des initiations aux dangers des réseaux sociaux…
  • Rendre accessible à tous les outils de Fact-checking. Un moyen rapide et efficace de vérifier une information, un chiffre, une citation mais il faut bien sûr les connaitre (il existe pour cela des sites comme www.emergent.info qui recensent les dernières Fake News). Il faut néanmoins remarquer que les personnes qui relayent une rumeur sont souvent largement plus nombreuses que celles qui relayent sa correction (ex: mort de Jay-Z) et beaucoup de hoax persistent sur la toile.
  • Utiliser différentes sources d’information comme de nouveaux réseaux sociaux ou moteurs de recherche tels que Qwant qui a fait le choix de ne collecter aucune donnée personnelle de ses utilisateurs et donc de ne pas faire remonter tels ou tels résultats en fonction du profil utilisateur.

Repenser les Réseaux Sociaux

  • Facebook, Twitter et Google même s’ils ne sont pas considérés comme “éditeurs” ont leur part de responsabilité dans la propagation de ces Fake News comme nous l’avons vu ci-dessus.
  • Faire éclater la bulle, ou du moins limiter ces bulles en retravaillant les algorithmes qui génèrent nos flux d’informations. Permettre à nos fils d’actualités une composition moins monolithique en intégrant également des idées hors de notre sphère ou des biens culturels décalés.
  • Limiter les grandes campagnes de désinformation, en particulier les campagnes sponsorisées qui doivent être plus largement contrôlées.
  • Donner plus de moyens aux utilisateurs pour signaler un contenu. Un moyen démocratique de faciliter le signalement de ces fake news serait que les membres de ces réseaux signalent eux-mêmes les Fake News. C’est d’ailleurs ce qui est en train d’être testé par Facebook aux Etats-Unis avec le bouton “Downvote” pour signaler plus facilement un contenu.
  • Former davantage ses utilisateurs à l’identification de Fake News via des initiations en lignes. Des initiatives comme The Trust Project ont déjà été rejoint par ces grandes plateformes.

Internet, en démultipliant les sources d’information, a d’abord été perçu comme un facteur de pluralisme intellectuel qui serait bon pour la démocratie. Aujourd’hui de nombreux intellectuels déchantent et considèrent que nous sommes arrivés à l’aire de la “post-vérité”.

Il s’agit alors de déconstruire ces Fake News pour que le débat constructif ne soit pas seulement l’affaire d’une élite de “sachants” mais qu’il soit l’affaire de tous. L’éducation civique digitale, une nouvelle cause nationale ?

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