Comment l’Open Space ruine notre vie privée et notre créativité

A l’heure de l’open space, censé faciliter l’échange d’informations et la collaboration, jamais la vie privée en entreprise n’a été autant mise à mal.

Ces espaces ouverts où cogitent dans une même salle des dizaines voire des centaines de têtes pensantes sont de plus en plus décriés comme favorisant le stress et les distractions. Ces facteurs de tensions sont notamment le bruit, l’inconfort, les incivilités mais aussi la perte d’intimité.

Vous avez très sûrement déjà connu ou entendu tout cela, mais quel en est l’impact réel ?

Une récente étude conduite par Steelcase et Ipsos dans 17 pays sur 10.500 employés analyse et démontre la corrélation entre l’espace de travail et l’engagement des salariés.

Premier constat, un tiers des salariés dans le monde se sentent désengagés dans leur entreprise et ils sont 54% en France. Pour Catherine Gall, Directrice de la cellule de Recherche & Prospective ‘Steelcase Workspace Futures’ « Les facteurs du désengagement sont bien sûr multiples et complexes. L’ étude s’est attachée à analyser précisément l’un d’entre eux : l’ espace de travail. Le désengagement des français peut s’expliquer entre autre par un manque de liberté de choix et de contrôle de l’environnement de travail, peu de diversité dans les espaces de travail (zones de détente, de concentration, d’échanges, …). »

Parmi les 11% des interrogés dit “très satisfaits” par leur environnement de travail, les raisons évoquées sont pour :

  • 98% la facilité de concentration
  • 95% le travail en équipe sans être interrompu
  • 95% la sensation de calme et de relaxation
  • 97% la liberté de s’exprimer et de partager ses idées

C’est ce dernier point qui m’interpelle particulièrement, i.e l’impact de l’environnement sur la sensation de liberté. Dans sa structure “ouverte”, “libre” où les grands espaces devraient permettre une certaine liberté d’action comment est-ce que l’open space peut nuire à l’expression des employés ?

Vous rappelez-vous du Panoptique de Bentham ? Si vos cours de philosophie vous font défaut, en voici une piqûre de rappel :

Le Panoptique est une prison où un unique gardien peut observer tous les détenus depuis une tour centrale sans que les détenus puissent savoir s’ils sont en train d’être surveillé ou non. Imaginiez qu’à n’importe quel moment il peut y avoir quelqu’un dans la tour d’observation en train de de vous regarder, mais jamais vous ne saurez si vous êtes réellement observé. “L’effet du panoptique est d’induire chez le détenu un état conscient et permanent de visibilité qui assure le fonctionnement automatique du pouvoir. (…) La surveillance est permanente dans ses effets, même si discontinue dans son action” , écrit Michel Foucault.

Dans l’open space nul besoin de gardien, la pression sociale s’en charge. Il s’agit alors de respecter la norme, d’éviter les départs trop tôt, les pauses trop longues, les sujets déplacés ou encore les va-et-vient aux toilettes incessants dus au tartare de bœuf douteux de la veille. L’autocensure et la complaisance sont alors rois et ils minent avec eux l’initiative et la créativité.

Prison Presidio Modelo, à Cuba, construite sur le modèle du panoptique

Faut-il alors reconstruire les murs que l’on a détruit trop vite ? Peut-être pas, mais repenser les espaces de travail sûrement. Certaines entreprises ont déjà pris conscience de cette nécessité et ont mis en place des salles de travail individuel (qu’on appelle “Box” ou “Quiet Room”), des salles de détente, des espaces de jeux… L’espace de travail doit alors trouver son équilibre entre des espaces bruyants qui favorisent l’échange d’informations et des espaces silencieux propices à la concentration. Il ne s’agit pas de bouter les échanges en face à face, mais de les repenser de façon à favoriser la réflexion et la créativité.

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